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Rentabilité · 26 septembre 2026

Coût au kilomètre d’un camion : le calcul que beaucoup de transporteurs font mal

Par Zakaria Gaizi, fondateur de Tracky · 7 min de lecture

Quand je demande à un transporteur combien lui coûte un kilomètre, il me répond presque toujours du tac au tac. Un chiffre rond, dit avec assurance. Ensuite je demande comment il l’a obtenu, et la conversation ralentit. Le plus souvent, c’est le gasoil divisé par les kilomètres, avec un petit quelque chose ajouté « pour le reste ». Ce petit quelque chose, c’est là que la marge disparaît.

Je ne vais pas vous donner de moyenne du secteur. Elle ne vous servirait à rien : votre coût au kilomètre dépend de vos camions, de vos routes et de la façon dont vous payez vos chauffeurs. Je vais plutôt vous montrer comment le calculer, et où les erreurs se glissent.

Deux familles de charges qui ne se comportent pas pareil

Un camion coûte de l’argent de deux façons. Il y a ce qu’il coûte parce qu’il existe, et ce qu’il coûte parce qu’il roule.

Les charges fixes tombent chaque mois, que le tracteur fasse 12 000 km ou qu’il reste une semaine au garage : l’amortissement ou le loyer de leasing, l’assurance, la vignette et la taxe à l’essieu, les visites techniques, le salaire fixe du chauffeur avec ses cotisations. Un camion immobilisé continue de les payer.

Les charges variables, elles, suivent les kilomètres. Le gasoil d’abord, puis les péages, l’usure des pneus, l’entretien courant (vidanges, filtres, freins), la commission au voyage du chauffeur et les frais de route. Pas de kilomètre, pas de dépense. Enfin, presque : un pneu vieillit aussi au parking, mais on ne va pas compliquer inutilement.

Si je sépare les deux, c’est qu’on ne les ramène pas au kilomètre de la même manière. Les mélanger dans un seul total, c’est la première source de confusion.

Le calcul, posé proprement

Pour les charges fixes, je conseille de raisonner par jour. Vous additionnez tout ce qui tombe sur le mois pour un camion donné, et vous divisez par le nombre de jours du mois. Vous obtenez ce que ce camion vous coûte chaque matin, avant même d’avoir démarré. C’est un chiffre utile en soi : il vous dit combien coûte une journée d’immobilisation ou une journée d’attente au chargement.

Ensuite, ce coût fixe se ramène aux kilomètres réellement roulés sur la période. Pas aux kilomètres prévus, ni à ceux que le camion « fait d’habitude ». Aux vrais, compteur à l’appui.

Pour les variables, c’est plus direct : chaque poste divisé par les kilomètres roulés donne un montant par kilomètre, et vous additionnez.

Coût au kilomètre = (charges fixes de la période ÷ km réellement roulés) + charges variables par km.

La formule tient sur une ligne. Tout le travail est dans les chiffres qu’on met dedans.

Un exemple chiffré, avec un tracteur imaginaire

Prenons un tracteur imaginaire. Les montants qui suivent sont inventés et arrondis pour que le calcul se lise facilement ; ils ne décrivent ni un client ni un prix du marché.

Côté charges fixes, sur un mois : 18 000 DH de leasing, 3 500 DH d’assurance, 1 000 DH pour la vignette, la taxe à l’essieu et les visites techniques lissées sur l’année, et 7 500 DH de salaire fixe chauffeur, cotisations comprises. Total : 30 000 DH par mois. Sur 30 jours, cela fait 1 000 DH par jour, qu’il roule ou non.

Côté charges variables, notre tracteur imaginaire dépense 4 DH de gasoil par kilomètre, 0,50 DH de péages et frais de route, 0,40 DH de pneus, 0,60 DH d’entretien et 0,50 DH de commission chauffeur. Total : 6 DH par kilomètre.

Le patron estime que son camion fait « à peu près 12 000 km par mois ». Il calcule donc 30 000 ÷ 12 000 = 2,50 DH de fixe par kilomètre, plus 6 DH de variable, soit 8,50 DH. Il vend ses voyages autour de 10 DH le kilomètre et pense gagner 1,50 DH sur chaque kilomètre. Il dort tranquille.

Reprenons avec les relevés réels du mois. Le compteur dit 10 000 km, pas 12 000. Et sur ces 10 000 km, 2 000 ont été faits à vide : retours sans fret, approche vers le point de chargement. Seuls 8 000 km ont été facturés.

Première étape, le fixe au kilomètre roulé : 30 000 ÷ 10 000 = 3 DH.

Deuxième étape, le coût complet d’un kilomètre roulé : 3 + 6 = 9 DH.

Troisième étape, le coût total du mois : 10 000 km × 9 DH = 90 000 DH.

Quatrième étape, ce qu’il faut vraiment regarder, le coût par kilomètre facturé : 90 000 ÷ 8 000 = 11,25 DH.

Le chiffre d’affaires du mois, lui, vaut 8 000 km × 10 DH = 80 000 DH. Le camion a perdu 10 000 DH. Le patron croyait en gagner 12 000. Entre les deux, 22 000 DH d’écart sur un seul tracteur et un seul mois, sans qu’aucune facture ne soit fausse. Juste deux chiffres pris de mémoire.

Les erreurs que je retrouve chez presque tout le monde

Les kilomètres à vide oubliés

C’est la plus coûteuse, et la plus fréquente. On calcule le coût sur les kilomètres chargés parce que ce sont ceux qu’on facture. Sauf que le retour à vide consomme le même gasoil et use les mêmes pneus. Ce qui compte au final, c’est combien vous coûte chaque kilomètre que vous vendez, et ce coût-là doit porter les kilomètres à vide.

Le kilométrage déclaré de mémoire

« Il fait ses 12 000 par mois. » Peut-être en janvier. Mais le mois où il a attendu quatre jours au port et passé trois jours en réparation, il en a fait bien moins, et le fixe s’est réparti sur moins de kilomètres. Un kilométrage estimé donne toujours un coût trop bas, parce qu’on se souvient des bons mois.

L’atelier qui paie sans dire pour quel camion

Un embrayage, un jeu de pneus, une facture de garage réglée en espèces : l’argent sort, mais il n’est rattaché à aucun véhicule. Il finit dans une ligne « entretien » globale, divisée à parts égales entre tous les camions. Résultat, le tracteur qui passe sa vie à l’atelier paraît aussi rentable que celui qui ne pose jamais de problème. Vous gardez le mauvais et vous ne savez pas pourquoi vos comptes coincent.

Le prix de vente fixé au feeling

Beaucoup de prix se fixent en regardant ce que fait le voisin, ou ce que le client accepte sans négocier. Je comprends : il faut remplir le camion. Mais sans coût au kilomètre fiable, vous ne savez pas si vous acceptez un voyage à perte. Et certains trajets ne sont rentables qu’avec un retour chargé. Le jour où ce retour manque, c’est le voyage aller qui paie la note.

Ce qu’un TMS change dans ce calcul

Le calcul lui-même n’a rien de compliqué. Ce qui coince, c’est de réunir les bons chiffres chaque mois, pour chaque camion, sans y passer ses soirées. C’est exactement le travail d’un logiciel de gestion de transport : rattacher chaque charge au voyage et au camion qui l’a générée, au moment où elle arrive.

Dans Tracky, chaque plein, qu’il soit fait en station, à la carte ou à la cuve interne, est enregistré avec le véhicule, le chauffeur et le relevé de compteur. La consommation aux 100 km se calcule toute seule, camion par camion, et les litres consommés sont rattachés au trajet. Le détail est sur la page carburant et cuves.

Côté atelier, chaque intervention (main-d’œuvre, pièces posées, durée d’immobilisation) est rattachée au véhicule et pèse sur son coût réel. Les pneus sont suivis par position avec le kilométrage parcouru. L’embrayage payé en espèces a enfin un propriétaire. Voir la partie maintenance et pneumatiques.

Au bout du mois, le tableau de bord additionne pour chaque voyage le carburant, les frais de route, la part de paie et l’entretien affecté au camion. Il affiche ce que le kilomètre rapporte et ce qu’il coûte, puis range les véhicules du plus rentable au moins rentable. Dans mon exemple imaginaire, le tracteur à 11,25 DH le kilomètre facturé serait apparu en bas de la liste dès la fin du mois, et pas au bilan.

Les kilomètres, eux, viennent des relevés de compteur ou d’un boîtier GPS si vos camions en ont un. J’explique la différence entre les deux outils dans TMS ou GPS. Et si vous comparez des logiciels, j’ai rassemblé les questions à poser dans comment choisir un logiciel de gestion de transport.

Faites l’exercice sur un seul camion, avec le compteur réel et toutes ses factures d’atelier du mois. Je vous préviens, le résultat surprend souvent. Parfois dans le bon sens.

Vous voulez connaître le coût au kilomètre de vos propres camions ? Demandez une démonstration : on reprend un mois de vos trajets et vous voyez la marge de chaque tracteur, kilomètres à vide compris.

Votre coût au kilomètre, camion par camion.

Gasoil, atelier et paie rattachés au voyage : la marge se lit sans refaire le calcul à la main.